Interview de Madame MAIGA

En 2013, l’association Zoodo (atelier AZPF), membre fondateur du GIE CABES devenait partenaire de l’International Trade Centre (ITC) afin de stimuler l’écoulement des produits tissés.

Responsable du pôle principal de production de l’ITC/EFI à Ouagadougou, Madame Mariam Maiga nous révèle sa vision pour l’association ZOODO ainsi que son projet de vie.

Burkina Faso with the Ethical Fashion Initiative © ITC Ethical Fashion Initiative (47)

Madame Maïga © ITC Ethical Fashion Initiative

Quel est votre nom, date de naissance et lieu de naissance?
Je suis Mariam MAIGA, née en 1955 à Ouahigouya au Burkina Faso.

Quand et comment avez-vous commencé cet atelier?
J’ai commencé l’atelier de tissage en Août 2013 à Ouagadougou. Cet atelier était initialement à Baobané (village à 200 kilomètres d’Ouagadougou) mais a été relocalisé à Ouagadougou afin de bénéficier de l’appui technique du projet Ethical Fashion Initiative et de l’expertise de ses consultants. Nous recherchions plus de proximité pour bénéficier du savoir-faire des formateurs.

Pouvez-vous expliquer plus en détail pourquoi vous avez entrepris de faire un atelier de tissage ? Avez-vous un savoir-faire en tissage ? Si oui, qui vous a enseigné cela ?
J’ai entrepris la création de l’atelier par simple amour pour le tissage et pour permettre aux femmes rurales d’avoir une profession. Pour ce faire depuis 1983, j’ai sollicité les sœurs religieuses qui ont accepté de former deux jeunes femmes pendant 60 jours et de leur doter 2 petits métiers sous crédit remboursable. Je n’ai pas un savoir approfondi du tissage mais j’appréciais les femmes quand elles tissaient au bord des voies.

Décrivez brièvement votre atelier : combien de personnes y travaillent ?
Notre atelier est situé dans un quartier périphérique d’Ouagadougou. Nous avons démarré avec 4 tisserands et des moyens logistiques modestes (1 hangar, 2 grands métiers, 4 petits métiers, 1 magasin de stockage et quelques accessoires pour le tissage). Aujourd’hui, grâce au remarquable appui d’EFI, nous comptons 14 personnes occupant des postes sur toute la chaine de production (du bobinage au tissage), un espace bien aménagé pour le cadre de travail ainsi que des moyens de production bien adaptés.

Combien de mètres produisez-vous par an ? Avez-vous plus de clients « individuels » ou des marques ?
Durant l’année 2014, notre atelier a produit 885 mètres en tissus grandes largeurs (production de 4 tisserands dont deux qui sont intervenus en milieu d’année) et 1650 mètres en tissu petite largeur (production de 5 tisserandes).
La nette amélioration de la qualité de nos tissus et la créativité des femmes nous ont permis de développer un réseau de clients au niveau national. Aussi nos tissus qui sont exposés au showroom d’Ouahigouya attirent le regard de certains passants qui achètent.

Niveau national : qui sont vos principaux clients ? Quels sont les designs les plus populaires/demandés ?
Au niveau du pays, ce sont les couturiers et couturières, les femmes qui veulent s’habiller en uniforme, dans les services avec les femmes fonctionnaires. Les designs les plus populaires sont les rayures.

Pourquoi vous êtes-vous spécialisée dans la teinture naturelle ? Comment avez-vous acquis ce savoir-faire ?
Suite à une décision politique pour lutter contre le déboisement par l’homme, par les animaux ou par la sécheresse, notre association a conçu plusieurs activités: pépinières, reboisement, entretien des espaces reboisées, la construction des foyers améliorés. L’évolution de la chose a poussé l’AZPF a décidé de planter toutes sortes d’arbres sous l’appui technique des agents forestiers. Du coup l’idée est venue de faire du reboisement plus utile qui soit bien entretenu par les bénéficiaires (les femmes). C’est ainsi que les recherches des plantes teinturières ont commencé dans le village de Baobané avec plusieurs essais de teinture naturelle en 2012. Cette technique a été inventée par Mariam Maïga et les personnes âgées du village de Baobané qui autrefois faisaient de l’indigo. Avec elles nous avons commencé à répertorier toutes les plantes teinturières qu’elles connaissaient. Ensuite des cours de perfectionnement ont été enseignés à deux femmes à travers Helvetas. Chaque année AZPF cherche à améliorer sa teinture naturelle à travers le traitement du fil et la connaissance la période favorable de la récolte des feuilles, des gousses et écorces des arbres.

Zoodo utilise beaucoup de techniques naturelles qui ne sont pas si courantes (pas l’indigo ni le bogolan) : pouvez-vous nous en décrire 3-4 en détails ? D’où vient la matière première, comment se passe le processus de teinture et quels sont les résultats?
Les feuilles, les gousses et les écorces des feuilles sont récoltées et séchées: accacia nilotica, les écorces du raisinier sauvage dont le nom scientifique est lanmea microcarpa, le siga dont le nom scientifique est anogeasus leocarpus. Pour obtenir la teinte, il faudra faire bouillir (écorces) ou tremper les feuilles ou les gousses (rendues en poudre) pendant 48 heures. Ensuite on tamise le jus concentré. Le fil à teindre a déjà subi un lavage intense pour lui enlever toutes les saletés avant de le tremper dans le jus. Le sel et le fer sont autorisés dans le bio (fixation et changement de couleurs multiples)

Vous ne travaillez qu’avec des femmes : pourquoi ? Quels sont, selon vous, les avantages de travailler dans ce type de contexte (j’imagine par exemple que c’est bien plus qu’un lieu de travail uniquement mais d’échange et de soutien).
L’AZPF, comme son sigle l’indique, a été créé pour la promotion de la femme. Certes nous avons des hommes qui apportent leur soutien mais notre cible principale reste la femme. Pourquoi travailler avec les femmes? Parce que dans une société comme la nôtre, elles sont à la fois les plus vulnérables et les plus responsables. Vulnérables car elles sont en marge de nombreux droits tels que l’éducation, … et responsables car en dépit de tout ce sont elles qui doivent rencontrer les besoins de la famille (nourriture, santé, éducation…). Nous avons choisi avant tout de démontrer que ces femmes bien qu’étant analphabètes pour la plupart si elles sont formées et soutenues disposent d’un savoir-faire dont elles peuvent mettre à profit dans une activité, gagner leur vie en toute dignité et prendre soins de leurs familles.

Les avantages de travailler dans un tel contexte sont la compréhension mutuelle, le soutien, la très forte solidarité mais aussi la joie de la reconnaissance par les efforts.

Quelle est la vision que vous avez pour le futur de l’atelier ?
Notre atelier a connu une croissance remarquable grâce au travail et à l’implication des uns et des autres et nous en sommes assez fiers. Nous sommes parties de très peu et aujourd’hui nous avons beaucoup. La vision que nous avons est simplement un atelier où l’humain est valorisé et le travail respecté. Comme nous l’avons toujours dit, Zoodo est une association qui existe pour la promotion et le bien-être de ses membres. A long terme nous souhaitons que cet esprit d’entraide et de solidarité dans la dignité perdure et que les gains du tissage mis en réserve puissent être réinvestis dans d’autres projets (éducation, santé, banque de céréales…) qui viendront également soutenir ces braves dames.

Le magazine s’appelle « The Hand of Fashion » (en français : les mains de la mode). Avec ce magazine, nous essayons de redonner de la valeur au travail artisanal/de la main. Pouvez-vous nous dire si, les femmes de AZPF ressentent de la fierté et sont valorisées dans leurs communautés respectives ?

Il est sans doute que les femmes de AZPF ressentent de la fierté par qu’elles ont appris et continuent d’apprendre avec EFI. Ces femmes participent aux réunions et donnent leur point de vue en cas de problème dans leur travail Elles sont valorisées parce qu’elles sont payées à la tâche et gagnent bien leur vie. (Les salaires vont de 99 000 à 25 000 francs CFA par mois). Elles se prennent en charge et s’occupent bien de leurs enfants.

Madame Maïga et Simone Cipriani, fondateur de l’Ethical Fashion Initiative

Cette interview a été réalisée par Chloé Mukai de l’International Trade Center et parue dans la deuxième édition du magazine « The Hand of Fashion » (les mains de la mode en français) publié par l’Ethical Fashion Initiative (EFI) et Black Magazine,

 

Crédits photo: Grant Fell & Black Magazine

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